Comité interministériel de la sécurité routière
Comité interministériel de la sécurité routière
18 février 2010
Le Comité interministériel de la sécurité routière du 18 février 2010, réuni sous la présidence du Premier Ministre, a fait le point sur la
mise en œuvre des politiques conduites jusqu’alors. Il a décidé de mettre en place 14
mesures permettant de renforcer la prévention, notamment par des partenariats avec
les lycées et le monde du travail, et d’agir surtout sur les principaux enjeux du risque
routier :
- Les infractions à la vitesse, la conduite après une consommation excessive
d’alcool ou l'usage de stupéfiants : ces comportements à risque sont à l'origine
chaque année de plus de la moitié des accidents mortels.
- Une attention particulière sera portée aux grands délits routiers : ceux qui
s’autorisent à transgresser gravement le Code de la route mettent en danger
délibérément leur vie et celle des autres usagers de la route.
- La protection des usagers de deux-roues motorisés : ils paient le plus lourd
tribut sur les routes, avec 1 157 personnes tuées en 2009. Ils doivent donc
faire l'objet, dans les plus brefs délais, de mesures de prévention et de
protection.
Combattre l'alcool et la drogue au volant
La conduite sous l'empire de l'alcool est aujourd'hui la principale cause
d'accident mortel de la circulation routière. 1 200 personnes ont perdu la
vie en 2008 dans un accident de la route, alors que le conducteur
présumé responsable présentait un taux d'alcool supérieur au taux légal.
L'analyse des données révèle que le risque alcool est considérablement
aggravé par la consommation de cannabis : dans ce cas, le risque
d’accident est alors multiplié par 14.
Mesure 1: Augmenter les contrôles d’alcoolémie
Afin de renforcer la capacité des forces de sécurité à lutter contre l'alcool au volant, le
nombre d'éthylomètres embarqués à disposition des équipes de la Police Nationale et de la
Gendarmerie Nationale sera porté à 5 000 appareils à l'horizon 2012, contre 3 200 à ce jour
La Délégation Interministérielle à la Sécurité Routière (DISR) contribuera financièrement à
l'acquisition de ces nouveaux matériels aux côtés du ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer
et des collectivités territoriales.
Mesure 2: Augmenter les contrôles de stupéfiants
100 000 contrôles de stupéfiants devront être réalisés chaque année par les forces de l’ordre, contre 63 500 en 2009, grâce au développement du test salivaire.
Les possibilités de contrôle « stupéfiants » par les forces de l’ordre seront étendus:
• Les contrôles seront obligatoires non seulement en cas d’accident mortel, mais aussi
dans tous les cas d’accidents corporels.
• Les contrôles facultatifs seront possibles non seulement en cas d’accident matériel ou
de présomption d’usage de stupéfiants, mais également en cas de commission de toute
infraction au Code de la route.
• Des contrôles aléatoires, pouvant concerner l’ensemble des automobilistes, seront
possibles sur réquisition du Procureur de la République précisant la date et les lieux des
opérations, comme c’est le cas en matière d’alcoolémie.
Mesure 3: Prise en charge des frais par le contrevenant
Les frais de dépistage médicaux du laboratoire
qui confirme le test salivaire positif aux stupéfiants passent à la
charge du contrevenant, et non plus du contribuable.
Mesure 4: Des éthylotest dans les débits de boissons
Lancer en 2010, en lien avec les professionnels une campagne destinée à inciter tous les
débits de boissons de vente à consommer sur place, ouverts en journée (cafés et
restaurants, détenteurs d’une licence pérenne ou temporaire), à mettre à disposition de
leurs clients gratuitement ou à titre onéreux des éthylotests chimiques ou des éthylotests électroniques certifiés. Ainsi,
la possibilité serait donnée à chaque conducteur qui consomme de l’alcool de trouver
facilement un moyen de se tester sur place.
Cette mesure prolonge la décision prise par le CISR de 2008, qui concernait les établissements ouverts entre 2 heures et 7 heures du matin dans lesquels des dispositifs de
dépistage électroniques doivent être mis en place.
Dissuader les excès de vitesse
Mesure 5: Création de "zones contrôles radars" fréquent
La signalisation des radars fixes, par un panneau intitulé « Pour votre sécurité, contrôles
automatisés », implanté environ 400 mètres en amont du dispositif, a accompagné le
déploiement des radars et favorisé leur acceptation. Toutefois, les évaluations montrent que
les radars ne sont efficaces, pour faire réduire la vitesse, que sur une distance limitée.
La modification de la politique de signalisation a pour objet d'accroître l'effet de
ralentissement, tout en maintenant l’information du conducteur. Deux nouveaux cas de figure
peuvent désormais se présenter :
1) Le radar existant se trouve dans une zone particulièrement accidentogène. Dans ce
cas, le Préfet pourra compléter le dispositif par un autre radar fixe ou faire mettre
périodiquement en œuvre des radars mobiles. Ce dispositif sera signalé à l'usager
par un panneau « contrôles radar fréquents », à un ou deux kilomètres en amont.
2) Tous les nouveaux radars seront désormais signalés par un seul panneau indiquant « contrôles radar fréquents », placés entre 1 et 2 kilomètres en avant du radar, le
Préfet pourra, de même, compléter ces dispositifs avec des radars mobiles.
Mesure 6: Installation de radars "vitesse moyenne"
Certains parcours sensibles nécessitent que la vitesse à laquelle ils sont empruntés soit
particulièrement régulée. Il s’agit par exemple du franchissement de tunnels ou de ponts ou
aux abords des chantiers, zones dans lesquelles les risques sont souvent importants
(risques d’incendie en cas d’accident, personnels travaillant aux bords des chaussées, etc.).
Il est alors plus adapté de s’assurer du respect d’un temps de parcours moyen sur une
distance de quelques kilomètres, plutôt que d’une vitesse instantanée, à un point
kilométrique donné, comme le permettent les dispositifs de contrôle automatisé de la vitesse
actuellement déployés.
C’est pourquoi un type nouveau de dispositifs de contrôle automatisé, permettant de
mesurer la vitesse moyenne sur un itinéraire de quelques kilomètres présentant des
caractéristiques particulières de dangerosité sera déployé dès 2011.
Sanctionner davantage les grands délits routiers
Mesure 7: Immobilisation immédiate du véhicule
Aujourd'hui, en cas d’infractions graves au Code de la route (conduite sans permis ou sans
assurance, récidive de conduite en état d’alcoolémie illégale, sous l'influence de stupéfiants
ou grands excès de vitesse), l’immobilisation immédiate et la mise en fourrière du véhicule
nécessitent l’accord du Procureur de la République.
Les conducteurs ayant commis des infractions graves au Code de la route peuvent donc
repartir le plus souvent dans leur véhicule à la fin de leur procédure, si un autre conducteur
qui les accompagne est en capacité de prendre le volant.
Afin de remédier à ces situations qui créent une grande émotion et parfois un trouble à
l'ordre public (en cas par exemple d'accident ayant causé des blessés graves ou tué des
personnes), il convient d'immobiliser immédiatement le véhicule pour une durée limitée, afin
que le parquet ait le temps de se prononcer sur les suites à donner.
Cette disposition complète la peine complémentaire obligatoire de confiscation du véhicule,
lorsque le conducteur en infraction grave en est le propriétaire, décidée par le CISR de 2008.
Cette mesure s'applique à tous les conducteurs, y compris les conducteurs de deux-roues
motorisés.
Mesure 8: Accentuation des sanctions pour délit de fuite
Aggravation des deux peines principales encourues pour le délit de fuite :
• Durcissement de la peine d'emprisonnement, portée de 2 à 3 ans.
• Augmentation du montant de l'amende porté de 30 000 à 75 000 euros.
Sécuriser l'usage des deux roues motorisées
Mesure 9: Mettre fin au débridage des cyclomoteurs
Le débridage des cyclomoteurs est interdit. Il donne, à un engin homologué pour une vitesse limitée à 45 km/h, la possibilité d'atteindre parfois 80 km/h ou plus. Or, il s’avère que 50 % des cyclomoteurs accidentés sont débridés.
Il faut donc :
• Créer dans le Code de la route une infraction spécifique punie d'une contravention de la
4ème classe pour sanctionner l'utilisateur de cyclomoteurs débridés.
• Engager une campagne de communication sur les risques de sécurité routière encourus
par les utilisateurs de ces véhicules débridés.
• Renforcer les contrôles en direction des utilisateurs comme des professionnels.
• Soutenir auprès de la Commission européenne l'idée d'obliger les constructeurs à équiper leurs engins de systèmes de bridage électronique permettant de ne pas
diminuer les performances du véhicule dans la plage des vitesses autorisées, tout en
compliquant un éventuel débridage.
Mesure 10: Un contrôle technique pour les cyclomoteurs
Selon une étude menée en 2007 par le Bureau Central Automobile Expertise pour la
Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), 50 % des cyclomoteurs accidentés
sont débridés, 38 % ont un élément important (échappement, filtre, moteur, transmission,
cylindre) ne fonctionnant pas correctement, et 29 % sont non conformes au Code de la route
(rétroviseur, clignotants, éléments de sécurité, etc.).
Il faut donc:
• Instaurer pour les cyclomoteurs un contrôle technique obligatoire tous les deux ans
centré sur le bridage du moteur, à compter de la deuxième année de mise en circulation.
• Étendre aux cyclomoteurs le dispositif d'expertise en cas d'accident grave prévu par le
Code de route.
Mesure 11: Une formation obligatoire pour conduire
Aujourd'hui, seuls les conducteurs ayant obtenu leur permis de conduire B (voiture) après le
1er janvier 2007 doivent suivre une courte formation pratique de 3 heures pour être
autorisés, 2 ans après l’obtention de leur permis B, à conduire une motocyclette légère.
Il est désormais nécessaire d'étendre cette formation aux personnes titulaires d'un permis B
antérieur à 2007 (exception faite de celles et ceux qui utilisent déjà une motocyclette légère
puisqu'ils ont pu acquérir une formation de part leur expérience). De même, cette obligation
de formation est étendue aux nouveaux utilisateurs de tricycles à moteur.
Compte tenu des enjeux et des apprentissages nécessaires, le volume de la formation
actuelle est reconnu par tous les acteurs comme trop court. Il est en effet difficile d'atteindre
les objectifs du programme de formation en 3 heures. Le passage à 7 heures, pour tous,
permettra d'acquérir de manière plus satisfaisante les compétences indispensables à la
conduite d'une motocyclette légère. Notamment, il est nécessaire d’accorder de l’importance à des notions telles que l’attention visuelle plus soutenue, le contrôle de l'équilibre, les
techniques d'inclinaison du véhicule, le contrôle des trajectoires notamment en virage, la
maîtrise du freinage en particulier en situation d'urgence, la compréhension des risques
spécifiques, etc.
Mesure 12: De nouveaux équipements sur les routes
Les conducteurs de deux-roues motorisés sont particulièrement concernés : ils ne sont pas
protégés par un habitacle en cas de perte de contrôle de leur véhicule ou d’accident, et le
choc avec des obstacles tels que les glissières de sécurité, les panneaux de signalisation et
tout autre élément de mobilier routier crée un sur-risque de blessures, voire de décès.
L'enjeu est donc de diminuer l’exposition à ces risques pour les deux-roues motorisés, et
pour l’ensemble des autres véhicules.
Les supports dits « fragilisés » (ou « à sécurité passive ») sont des supports d'équipement
routier (mâts de signalisation, candélabres d'éclairage public, supports de feux de circulation,
etc.) moins dangereux en cas de choc que les supports ordinaires. Ils peuvent être soit
déformables (ils s'enroulent autour du véhicule et absorbent ainsi une partie de l'énergie du
choc), soit détachables (ils se désolidarisent de leur base d'ancrage et sont éjectés). En cas
de choc éventuel sur le support, les conséquences en termes de dommage corporel sont
ainsi réduites.
De tels supports sont déjà utilisés dans d’autres pays (Norvège, Suède) mais ils ne sont pas
encore, pour la plupart, homologués en France. Une expérimentation est en cours dans deux
départements (Seine-Maritime et Allier).
Sensibiliser les futurs conducteurs
Mesure 13: Des actions de prévention dans les lycées
L'éducation routière est un enjeu qui doit être décliné, à travers un continuum éducatif, à tous
les âges de la vie, depuis la maternelle jusqu'aux stages de sensibilisation pour les seniors.
Ce continuum doit être approfondi à un âge où les jeunes sont utilisateurs de deux-roues
motorisés (cyclomoteurs) et pour certains, déjà entrés dans le processus de conduite
accompagnée.
Si des actions de sensibilisation à la sécurité routière sont bien menées dans les écoles
primaires, au collège, avec le passage des attestations scolaires de sécurité routière et du
brevet de sécurité routière ou au cours des études supérieures (conventions avec la
conférence des universités, les IUFM, etc.), elles n’ont pas de cadre institutionnel au lycée.
Il convient dès lors de renforcer la sensibilisation à la sécurité routière pour les jeunes au
cours de leur scolarité au lycée.
Cette mesure peut s'appuyer, pour sa mise en œuvre, sur les conventions passées par le
Ministère de l'Education Nationale et la Délégation Interministérielle à la Sécurité Routière
(DISR) avec l’Office national d'information sur les enseignements et les professions
(Onisep), mais également avec des associations telles que la Prévention routière et
Prévention MAIF. Elle doit également permettre de faciliter l'accès des lycéens à des
mesures d'aides au permis telles que le « permis à un euro par jour » ou le développement
de la conduite accompagnée.
Prévenir le risque routier professionnel
Mesure 14: Plans de prévention du risque routier
professionnel
Il faut que les entreprises améliorent leur prise en compte du
risque sur les trajets routiers. Pour cela, il leur sera demandé d’élaborer un document relatif à l’évaluation des risques professionnels.
Décision du Comité interministériel de la sécurité routière
1. Pour les services de l'État :
• Faire réaliser un état des lieux, dans un délai de 3 mois suivant le Comité Interministériel
de la Sécurité Routière (CISR), par une mission d'audit interministériel.
• Mettre en place, sous un an, un plan de prévention du risque routier professionnel.
2. Pour les entreprises :
• Le Gouvernement (ministère du Travail et Délégation Interministérielle à la Sécurité
Routière) invite les partenaires sociaux des entreprises de plus de 500 salariés à
négocier un plan de prévention du risque routier professionnel, qui intègre le risque sur
les trajets routiers (aujourd'hui non pris en compte), en vue de démultiplier les initiatives
déjà prises par certaines entreprises.
• Ouverture de négociation interprofessionnelle pour l'actualisation des recommandations
de 2003 sur le risque au cours de déplacements en missions et de 2004 sur le risque
sur les trajets routiers, en s’appuyant sur les bonnes pratiques et référentiels élaborés
dans le cadre de la commission accident du travail de la Caisse nationale d'assurance
maladie des travailleurs salariés (intégrer les nouveaux modes de déplacement, tels que
deux-roues motorisés, covoiturage, éco-mobilité).
• Incitation des collectivités territoriales, aménageurs et donneurs d’ordres, des assureurs
sociaux, des chambres consulaires, à dégager collectivement des axes de prévention du
risque trajet dans le contexte du territoire et de la mobilité durable.
• Fixation dans les priorités de contrôle de l'inspection du travail pour 2011 de campagnes
ciblées de vérification des obligations de la prise en compte du risque mission dans le
cadre du document unique.
